Frère Estephan

(1889-1938)


Né au mois de mars de 1889, de parents issus d’un milieu rural, Youssef Nehmé était le benjamin dans une famille composée de six enfants: quatre garçons et deux filles. Il est baptisé le huitième jour comme se veut la tradition de l’époque en l’Église Notre-Dame de Lehfed, village situé dans la chaîne de montagnes de la région de Jbeil. Son père Estéphan lui octroie le sens de l’effort et de la persévérance face aux épreuves de l’Existence. Sa mère lui apprend la piété, la pratique du bien et de la charité. 

Très jeune, il garde le troupeau, le menant quotidiennement aux pâturages, bordant son domicile paternel - pendant qu’il récite son kyrielle ou feuillette un livre d’oraisons personnelles, compagnon de sa vie, visitant fréquemment l’Église de saint Saba (Sabas) pour y rencontrer ses parents célestes.

Un jour qu’il emmenait paître le troupeau de vaches il aperçoit un petit blaireau. Il le poursuit jusqu’à l’entrée d’une grotte. L’animal ne sort plus. Inquiet pour lui, il entre dans la grotte pour le chercher et finit par le sortir. Dans la grotte, il remarque que le sol était humide. Il creuse dans la boue et trouve alors une source d’eau, un courant d’eau limpide ruisselant entre les vallées crevassées de sécheresse. Il déterre alors la source et en abreuve les champs de tout le village, alimentant Lehfed et la convertissant en un merveilleux paradis. Depuis, cette source porte l’appellation de “la source du Blaireau” (Nabeh el Ghrayr).

Youssef devient orphelin à un jeune âge. Son père Estéphan décède suite à une longue maladie, ce qui oblige Youssef à un surplus d’ardeur et d’épuisements dans les semailles de la récolte. À cette époque, l’appel de Dieu devient plus accru, mais la Congrégation refuse les candidats de moins de seize ans.

En 1905, bénéficiant du consentement de sa mère et enfin âgé de seize ans, Youssef s’engage comme étudiant puis postulant au couvent de Kfifan (OLM). Il porte l’habit de noviciat une dizaine de jours plus tard, choisissant “Estéphan” comme patronyme. Il prononce ses voeux définitifs le 23 août 1907, puis durant trente et une années, il traverse les couvents et ermitages de sa région, compagnon permanent du Père Antonios Nehmé de Lehfed, résidant approximativement douze ans au Couvent de Mayfouk, dix ans à “Notre Dame de Secours” (Saydet El Maounet) à Byblos; environ trois ans au Couvent Saint Artimos - El Qattara (Deir Mar Challita); trois and au Couvent Saint Antonios - Houb et les six ou sept derniers mois de sa vie, au Couvent de Kfifan.

Durant tout ce temps, le Frère Estéphan Nehmé rayonne dans le labeur rural, agriculteur et laboureur, autant bâtisseur et semeur, planteur et récolteur de graines, de légumes et de fruits pleinement bénis. À juste titre, il acquiert le mérite du courage comme dirigeant et maître des champs.

Il était synonyme de la simplicité évangélique, de l’humble don de soi envers autrui, ainsi que l’idéale illustration de l’engagement apostolique et religieux en Orient.

Au cours de la Grande Guerre, la famine sévit dans la plupart des contrées libanaises; Frère Estéphan parcourut les villages, quêtant les malades, les affamés et les misérables afin de les soutenir et de leur porter assistance. Jouant un rôle de choix, sauvant plus d’une douzaine d’enfants risquant de périr de faim. Un jour, il entre dans une maison et aperçoit un nourrissant tétant le sein de sa mère morte.

Attendri, il porte le nouveau-né au champ, s’en occupe, le nourrissant du lait de vache jusqu’à ce qu’il sorte indemne de la guerre. C’est d’ailleurs, à juste titre que le Frère Estéphan, est surnommé le « Père de l’orphelin ».

Le mardi 30 août 1938 à 16 heures, sur le chemin de retour après avoir sauvé grâce à sa perspicacité le monastère du Couvent de Mayfouk des mauvaises intentions des associés aux terrains concernant les limites du monastère, Frère Estéphan est gravement atteint d’un coup de soleil qui cause son décès.

En 1950, 12 ans après avoir quitté ce monde, la tombe du Frére Estéphan est rouverte pour l’ensevelir. On découvre alors un corps indemne de toute putréfaction.

Depuis, de nombreuses guérisons d’affections dermatologiques, ophtalmologiques, de cancers, de douleurs stomacales et autres lui sont attribuées partout dans le monde.

Le 27 octobre 2001, l’Ordre Libanais Maronite (OLM) présente le procès de canonisation du Frère Estéphan Nehmé par l’Épiscopat Maronite de Batroun, sous la conduite d’un Comité de prélats. Projet agréé au début de l’année 2002 et décision de fermeture du sépulcre à la cire rouge. Le 17 novembre 2007, le Pape Benoît XVI annonce la béatification du Bienheureux Frère Estéphan Nehmé, admettant des festivités religieuses en son village Lehfed pour la première fois au Liban.

Au matin du mardi 16 mars 2010, le Symposium des Cardinaux se réunit à l’Assemblée des Saints du Vatican, pour étudier le dossier de béatification du Bienheureux Estéphan Nehmé incluant le miracle attribué par son entremise ; après étude et débat des étapes du Procès, le scrutin est signé à l’unisson.

Le 27 juin, à la Fête des Rameaux, Sa Sainteté le Pape Benoît XVI approuve la décision de la Béatification de Frère Estéphan e la date de l’Heureuse Célébration est fixée pour le dimanche 27 juin 2010 au Monastère de Kfifan.

Le Bienheureux Estéphan Nehmé est fêté le 30 août.